22 octobre 2026
Cartographier les usages de l'IA dans l'entreprise : la méthode en 4 étapes
Cadrer, recenser, analyser, décider : la méthode en 4 étapes pour cartographier les usages de l'IA dans l'entreprise, avec questionnaire et grille d'analyse.
La cartographie des usages IA consiste à recenser, service par service, les outils d'intelligence artificielle réellement utilisés, les tâches concernées et les données qui y sont saisies. C'est le point de départ de tout encadrement : des règles écrites sans cette photographie passent à côté des pratiques réelles.
Ce travail est confié de préférence au référent IA, avant la première réunion du comité IA. Cet article présente la méthode en 4 étapes, avec un questionnaire type et une grille d'analyse. Les résultats alimentent ensuite le registre des outils d'IA, la charte et le plan de formation.
En bref
- Aucun texte n'impose de cartographie des usages IA. L'AI Act, le RGPD et le Code du travail supposent pourtant de savoir quels outils sont utilisés, et avec quelles données.
- Selon la Commission européenne, une entreprise dont les salariés utilisent ChatGPT pour rédiger ou traduire est concernée par l'article 4 de l'AI Act sur la maîtrise de l'IA.
- La CNIL recommande de partir d'un besoin concret et d'encadrer les usages en définissant ce qui est autorisé et ce qui est interdit.
- La méthode tient en 4 étapes : cadrer, recenser, analyser, décider.
- Le périmètre inclut les fonctions d'IA ajoutées aux logiciels déjà en place : messagerie, CRM, suite bureautique, logiciel de paie.
Pourquoi faire une cartographie des usages IA ?
Parce que les usages précèdent presque toujours les règles. Un commercial reformule ses relances avec un assistant gratuit, une assistante fait résumer des comptes rendus, le service RH découvre qu'une fonction d'IA a été activée dans son logiciel. Personne n'a rien décidé, mais des données de l'entreprise circulent déjà dans ces outils : c'est la shadow IA.
La cartographie des usages IA répond aussi à des obligations précises :
| Ce que la cartographie fait apparaître | Texte concerné | Conséquence |
|---|---|---|
| Qui utilise l'IA, et pour quoi faire | AI Act, article 4, depuis le 2 février 2025 | Adapter la formation à chaque profil |
| Des outils qui traitent des données personnelles | RGPD, registre des traitements | Inscrire ou compléter les traitements |
| Un usage interdit, comme la reconnaissance des émotions au travail | AI Act, article 5, depuis le 2 février 2025 | Arrêter l'usage |
| Des hypertrucages ou des textes d'information du public générés par IA | AI Act, article 50, depuis le 2 août 2026 | Appliquer les obligations de transparence |
| Un outil de recrutement ou d'évaluation des salariés | AI Act, annexe III, à partir du 2 décembre 2027 | Préparer les obligations liées au haut risque |
| Un outil qui modifie l'organisation du travail ou permet de contrôler l'activité | Code du travail, articles L2312-8 et L2312-38 (50 salariés et plus) | Informer et consulter le CSE avant le déploiement |
Sur le premier point, la Commission européenne indique dans sa foire aux questions sur la maîtrise de l'IA qu'une entreprise dont les salariés utilisent ChatGPT pour rédiger des textes publicitaires ou traduire doit respecter l'article 4. Sa page consacrée à l'AI Act confirme l'échéance du 2 décembre 2027 pour le haut risque de l'annexe III.
Étape 1 : cadrer la cartographie des usages IA
Avant d'envoyer le moindre questionnaire, fixez quatre points avec la direction.
- Le périmètre. Toute l'IA ou l'IA générative seulement, toute l'entreprise ou un service pilote. Incluez dans tous les cas les fonctions d'IA intégrées aux logiciels existants.
- L'équipe. Le référent IA pilote, avec la DSI ou le prestataire informatique pour l'inventaire technique et le DPO pour les données personnelles.
- Le message. La cartographie des usages IA sert à comprendre, pas à sanctionner. Si les salariés craignent des reproches, ils tairont les outils utilisés avec leur compte personnel. Faites-le dire clairement par la direction.
- Le calendrier. Fixez une date de restitution : les outils changent vite.
Si le questionnaire est nominatif, il constitue un traitement de données personnelles : informez les salariés de son objet et de la durée de conservation des réponses.
Étape 2 : recenser les usages réels
Une cartographie des usages IA fiable croise trois sources, car chacune voit ce que les autres ratent.
Le questionnaire aux salariés
Il doit se remplir en quelques minutes. Voici un questionnaire type en 10 questions :
- Utilisez-vous un outil d'IA dans votre travail, même ponctuellement ?
- Lequel ou lesquels, en version gratuite ou payante ?
- Avec quel compte : personnel ou fourni par l'entreprise ?
- Pour quelles tâches : rédaction, synthèse, traduction, analyse de données, images, code, autre ?
- À quelle fréquence : chaque jour, chaque semaine, occasionnellement ?
- Quelles informations y saisissez-vous : données clients, données de salariés, chiffres internes, documents confidentiels, aucune donnée sensible ?
- Les résultats sont-ils transmis à l'extérieur : clients, fournisseurs, publication ?
- Vérifiez-vous les résultats avant de les utiliser, et comment ?
- Quel gain ou quelle difficulté constatez-vous ?
- Quels usages aimeriez-vous développer, et avec quelle formation ?
Les entretiens par service
Une demi-heure avec le responsable du service et un ou deux utilisateurs fait apparaître les usages que personne ne pense à déclarer et les besoins qui justifieraient un outil validé.
L'inventaire technique
La DSI ou le prestataire informatique recense les licences et abonnements, les extensions de navigateur, les fonctions d'IA activées dans les logiciels en place et les applications connectées à la messagerie. Les notes de frais révèlent parfois des abonnements pris à titre individuel.
Étape 3 : analyser chaque usage avec une grille
On analyse un usage, pas un outil : un même assistant peut servir à reformuler un courriel ou à trier des candidatures. Passez chaque usage recensé au crible de six critères.
| Critère | Question à se poser | Signal de vigilance |
|---|---|---|
| Données | Quelles informations sont saisies ? | Données personnelles, de santé, informations confidentielles |
| Compte et fournisseur | Compte professionnel ou personnel ? Le fournisseur peut-il réutiliser les données ? Où sont-elles hébergées ? | Compte personnel, réutilisation non exclue, conditions jamais lues |
| Catégorie AI Act | Pratique interdite, haut risque, obligation de transparence ? | Recrutement, évaluation des salariés, contenus diffusés au public |
| Personnes concernées | Le résultat a-t-il un effet sur des salariés, des candidats ou des clients ? | Décision individuelle fondée sur le résultat |
| Conséquence d'une erreur | Que se passe-t-il si le résultat est faux mais plausible ? | Transmission sans relecture, enjeu juridique ou financier |
| Valeur métier | Quel gain, pour combien de personnes ? | Usage utile mais non encadré, à sécuriser en priorité |
Dans ses recommandations de juillet 2024 sur l'IA générative, la CNIL rappelle que ces systèmes peuvent produire des résultats inexacts mais plausibles, et conseille de vérifier si le fournisseur peut réutiliser les données confiées.
Chaque usage reçoit ensuite une proposition de statut : autoriser, encadrer (compte professionnel, données exclues, relecture obligatoire, formation préalable), remplacer (besoin réel mais outil inadapté) ou arrêter (usage interdit ou risque disproportionné).
Étape 4 : décider, restituer et tenir à jour
La cartographie des usages IA ne décide rien, elle prépare les décisions. Le référent présente la synthèse au comité IA, qui valide les statuts. Les résultats alimentent ensuite quatre documents :
- le registre IA, avec une ligne par outil et ses conditions d'usage ;
- la charte IA, qui reprend les usages autorisés et interdits ;
- le plan de formation par profil, qui répond à l'article 4 de l'AI Act ;
- le registre RGPD, pour les outils qui traitent des données personnelles (voir IA et RGPD en entreprise).
Faites aussi un retour aux équipes, même en quelques lignes : ce qui est autorisé, ce qui change, à qui s'adresser. Si un outil relève de la consultation du CSE, le comité le signale à la direction (voir notre article sur le rôle du CSE). Ensuite, chaque demande d'outil passe par le référent, et une revue complète a lieu au moins une fois par an.
Checklist : votre cartographie des usages IA en 8 points
- Le périmètre est fixé et validé par la direction.
- Le message de lancement précise que la démarche n'a pas de but disciplinaire.
- Le questionnaire est envoyé à tous les services, avec une date limite.
- Chaque service a eu son entretien.
- La DSI a recensé licences, extensions et fonctions d'IA intégrées.
- Chaque usage est passé dans la grille et a reçu une proposition de statut.
- La synthèse est présentée au comité IA et reportée dans le registre.
- Les équipes ont reçu un retour et la prochaine revue est datée.
Mener la démarche avec vos équipes
La formation Comité IA et référent IA de Skillevos se déroule sur 2 jours en intra-entreprise : un jour avec l'équipe, jusqu'à 10 participants, puis un jour avec le comité IA. Elle aboutit à une charte, un registre des outils et un plan d'action à 6 mois, trois documents qui s'appuient sur votre cartographie des usages IA. Le tarif est de 4 600 € HT pour le groupe, avec une prise en charge possible par votre OPCO, Skillevos étant certifié Qualiopi.
Questions fréquentes
Combien de temps prend une cartographie des usages IA ?
Cela dépend de la taille de l'entreprise et du nombre de services. Dans une PME, tenez un calendrier court : quelques jours pour le questionnaire, puis les entretiens, l'analyse et la restitution au comité IA. Une première version rapide vaut mieux qu'une enquête qui s'étire sur des mois.
Le questionnaire doit-il être anonyme ?
C'est un choix. L'anonymat favorise des réponses sincères, notamment sur les comptes personnels. Un questionnaire nominatif permet de revenir vers la personne pour préciser un usage. Un compromis possible : des réponses anonymes, avec un champ facultatif pour être recontacté.
Faut-il consulter le CSE avant de lancer la cartographie des usages IA ?
La cartographie elle-même n'introduit aucune technologie nouvelle, mais présenter la démarche aux élus est une bonne pratique. Dans les entreprises d'au moins 50 salariés, ses résultats servent surtout à repérer les outils qui relèvent de l'information et de la consultation du CSE, par exemple ceux qui permettent de contrôler l'activité des salariés.
Que faire des outils non autorisés découverts ?
Évitez la sanction immédiate, qui découragerait les réponses lors des mises à jour. Si l'usage répond à un vrai besoin, proposez un outil validé ou des conditions d'usage. S'il présente un risque, demandez son arrêt et inscrivez-le au registre avec le statut « interdit » et le motif.
Quelle différence entre cartographie des usages IA et registre des outils ?
La cartographie est une photographie des usages réels, y compris ceux qui ne sont pas validés. Le registre est le document de référence qui liste les outils et les conditions d'usage décidées par le comité IA. La première alimente le second.
Conclusion : une cartographie des usages IA honnête avant toute règle
En quatre étapes, cadrer, recenser, analyser et décider, vous passez d'usages dispersés à une vision claire des outils, des données et des risques. Cette cartographie des usages IA donne leur fondement au registre, à la charte et au plan de formation. Si l'entreprise compte plusieurs sites ou de nombreux services, commencez par un service pilote.
Pour mener la démarche avec vos équipes et votre comité, contactez-nous ou découvrez la formation Comité IA et référent IA.
Passer à la pratique
15 minutes pour cadrer vos usages, identifier les formations utiles à vos équipes et votre financement. Sans engagement.
À lire aussi
Indicateurs de résultats
Nos résultats - Formations Entreprise
Au 31/08/2026
94,5 %
de satisfaction
questionnaire à chaud en fin de session
92,7 %
de réussite aux évaluations des acquis
quiz de fin de formation
100 %
de taux de retour
aux questionnaires de satisfaction
100 %
de parcours achevés
Modalités de calcul : satisfaction mesurée par questionnaire à chaud en fin de session, moyenne des réponses rapportée au nombre de répondants. Réussite calculée sur l'ensemble des apprenants ayant passé l'évaluation. Chiffres consolidés sur l'ensemble des programmes Entreprise, hors formation certifiante RS6776. Mise à jour : août 2026.